Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 11:21

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Tous ceux qui auraient des informations, des bouts de texte à me communiquer sont les bienvenus.

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J'ai mis en ligne la généalogie à cette adresse :

http://www.planete-genealogie.fr/oliviertertois/
ou

sous forme d'arbre très complet mais très lent :

Généalogie Genoom Lien : http://www.genoom.com/tree.aspx?=9140461



Elle sera à mettre à jour et à compléter

Et des photos  de famille :
http://fr.fotoalbum.eu/OlivierTertois

ou
http://picasaweb.google.fr/111553443573391804409/

Olivier.

La plus part des photos sont issues de photos scannées, donc moins bonne qu'un original.

Par Tertois Olivier
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Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 11:23

 

Aquarelle de Françoise Tribout

 

      Grand-mère Tribout

 

Je connais encore bon nombre de visages dont le mien, qui s’illuminent en entendant ce simple nom : "CHAZELLES" et mon cousin Codi nous dit pourquoi :

"Chazelles était un endroit où les étés étaient merveilleusement longs, beaux et chauds.". Il s’agit bien sûr des étés de vacances de notre enfance commune.

 

Chazelles............................................................... qu’était-ce donc ?

    Une grande maison, un grand jardin, un potager, et aussi ce petit carré de terre entre quatre murs que nous appelions la Croue, le tout accroché à la colline de Sey, au pied du mont Saint Quentin à quelques kilomètres de Metz.

    C’était pour moi le paradis ; grand-mère y régnait et recevait tous les étés pour les grandes vacances ses enfants et petits enfants jusqu’à la guerre 39-40. Nous nous retrouvions souvent à une trentaine, dorlotés comme des "coqs en pâte" tous ensemble, trois générations et même quatre à la fin.

 

     Grand-mère avait cinq enfants, mon père Georges et ses quatre sœurs dont les prénoms étaient : Louise, Marguerite, Marcelle et la "petite dernière" Ermance.

Les 4 soeurs et Georges

 

Mais pour leurs neveux et nièces ils portaient d’autres noms, plus familiers, poétiques et touchants. Ils étaient : Onc’zo, Tante Août, tante Badite, tante Lotte et tante Péchu (ou tante Péchette).

Tous les cinq s’entendaient très bien ; ils étaient simples, bons, droits avaient le sens de la famille. Tous mariés sauf tante Péchu.Tante Août était veuve, oncle Adolphe son mari avait été tué au début de la guerre de 14.

Tante Badite était mariée à oncle Raoul dit "Oncraoul" qui était médecin à Bagneux.

   Tante Lotte était mariée à oncle André, officier de carrière, qui allait tous les jours au quartier à Metz en moto.

 

    Quant à mon père, il avait épousé une Hélène, que l’on appelait Tante Hélène ; il était architecte.

 

    Pour les vacances, nous venions mes frères et moi de Paris. Nous étions les petits parisiens vivant dans un appartement rue Pergolèse, et tout d’un coup avec nos malles en osier er cerclées, nous nous retrouvions à 
 la campagne, dans cette grande maison pleine de monde, heureux comme des rois de retrouver nos cousins.

      Grand-mère était assez grande, forte, elle avait un beau port de tête, "un port de reine" disait sa fille tante Péchu. Ses cheveux étaient blanc-argent, elle les soignait beaucoup, les bouclant tous les matins au fer à friser. Elle avait de jolies mains un peu grassouillettes avec des doigts courts et déliés.

     Elle jouait du piano avec plaisir : des mazurkas, des quadrilles et je lui dois mes premières leçons de pianos. Je me souviens dune sonate de Scarlatti (do, mi, sol, sol, sol,…). Elle avait composé un petit air que mon père jouait souvent et que malheureusement j’ai oublié. Elle était artiste, elle avait de la personnalité.  

     Ses robes étaient en tissus de lin blanc ou à larges rayures grises ; elle portait toujours des chaussures en toile blanche sur des bas blancs. En fait, elle était très coquette. Elle donnait le ton, car il me semble que maman, mes tantes et mes cousines étaient toujours très soignées, elles aussi. Grand-mère me faisait penser au Roi Soleil ; sans doute à cause de sa canne et de tout ce qui émanait d’elle. Elle ne nous grondait jamais, elle nous aimait et le dernier né de la famille était toujours le plus beau.

    Elle ne quittait jamais un sac en toile imprimée ou en macramé. C’était son sac à ouvrage, car elle tricotait sans cesse pour ses petits enfants. Dans ce sac, ses pelotes de laine et ses aiguilles à tricoter voisinaient avec des bonbons de toutes sortes : certains très colorés ressemblaient à des sulfures, d’autres à des bélemnites striées de toutes les couleurs, il y avait aussi des réglisses noirs et brillants, des sucres d’orge, du bois de réglisse. Elle les distribuait généreusement.

    Ses deux passe-temps favoris étaient le bridge et la pêche. Je parlerais plus tard de cette dernière activité qui était à la fois objet de désir et sujet épineux pour les enfants.

    Tante Badite avait un joli visage aux traits fins : je la vois  ridée comme une pomme d’api, mais peut-être est-ce déjà le fruit de mon imagination ? Oncle Raoul et tante Badite avaient trois fils : Pierre (Pellot), Roger (le Zézé) et Claude (le Cotte), tous trois plus âgés que moi.

Roger, Marguerite (Baditte) Raoul et Claude, Pierre(Pelot)

    Le matin au petit déjeuner, tante Badite nous préparait quelquefois nos tartines et, une "tartine-à-la-tante-Badite" était une tartine raclée : peu de beurre peu de confiture. On préférait une "tartine-à-la-tante-Péchu". Bien riche en beurre et en marmelade.

    Tante Péchette était une petite femme ronde, intelligente, fine et nerveuse. Ses crises de nerfs étaient courantes, un rien suffisait : un enfant qui répondait mal à sa mère, une discussion un peu vive, une dispute ou à plus forte raison un "ouh ! " poussé avec malice par un enfant caché derrière une porte….

    Je me souviens en particulier du jour où Codi caché derrière un buisson de lilas au fond du jardin, lui avait fait tellement peur, qu’elle poussa des petits cris, puis devint violette et       tomba dans les pommes ! On lui donnait dans ce cas là quelques petites gifles pas bien fortes et, en s’excusant, elle revenait à elle. Après ces incidents, le ou les responsables se sentaient un peu "chose", mais on se consolait en sachant que ce n’était pas grave.

    Tante Louise était une dame très distinguée, fine comme sa sœur tante Badite. Elle aimait faire des mots croisés. Je l’ai toujours vue avec des cheveux gris dont l’implantation m’intriguait, ils semblaient tous venir très harmonieusement d’un point unique au haut du front, que je voyais comme une sorte d’étole rayonnante. En fait, elle portait une perruque. Je  me souviens d’une photo d’oncle Alphonse son mari, en uniforme, posée sur la commode de sa chambre.

   Tante Août avait trois filles, les "petites Renaudine" mes trois grandes cousines, Madeleine, Marguerite ‘Badite comme ma tante) et Elmée surnommée Mémée, qui épousera bientôt Paul.

    Elles étaient belles filles, gaies, fraîches, avaient les cheveux courts. J’étais en admiration devant leur toilette : leurs robes étaient presque toujours dans des tissus francs : lin, piqué de coton et dans des tons de pastel uni (des roses pâles, des verts d’eau, des bleus ciel etc.).
























Les trois soeurs Renaudin 

 

    Tante Lotte, que ses sœurs appellent Lolotte était très jolie ; son teint était clair, un peu coloré, elle avait les lèvres roses et ...neuf enfants : François, Anne, Michel, Bernard, Claude, Gérard, Jean-Pierre, Philippe et Marie-Josée qui étaient pour tout le monde : Fafa, Nanie, Mico, Beben, Codi, Lala, Aker, Phiphi et Cocotte.

    Je me souviens peu d’elle à cette époque. En fait je n’avais d’yeux que pour mes cousins et mes cousines.

 

     Même de maman j’ai peu de souvenir. Je me rappelle surtout des robes qu’elle portait : son petit ensemble en liberty à fond noir et son chapeau en paille noire que nous appelions "chapeau de curé" parce qu’il nous faisait penser à un gâteau très plat que l’on appelait ainsi.

    Son ensemble en toile de lin bleu marine, son béret et ses chaussures assortis ; sa robe de plage à tissus bayadère multicolore, je la trouvais toujours très élégante, il me semble qu’elle avait d’ailleurs cette réputation.

    Nous étions cinq enfants : moi Françoise, Etienne, Marc, Denis et Pascal ; nos petits noms étaient : Zaza, Ati, Marco, Denis, et Kali.
 
     Papa, je ne le voyais pour ainsi dire pas. Son agence était à Metz et,  tous les jours il partait travailler avec Madeleine qui était sa secrétaire. 

     Il y allait en Chevrolet, grosse voiture qui faisait beaucoup de bruit.  Maman la conduisait également avec brio (on l’accusait de conduire à tombeau ouvert !) 







Hélene et Etienne et Marc 

 

 

Elmée et Paul
Elmée

 

     Parlons maintenant de la maison. Elle fut construite par mon  grand-père vers 1900. Ce grand-père que j’ai àpeine connu et dont je  me rappelle surtout la calotte noire à la Alphonse Daudet.

     Elle fit sensation à l’époque car c’était la première dans le village à  avoir l’électricité et une terrasse à balustre.

 

     De la rue on entrait d’abord par une grille recouverte de vigne vierge, qui s’ouvrait sur une petite cour et sur unefaçade de la maison envahie de glycine et de vigne vierge.

    Dans un coin, un buisson de symphorines à petite boules blanches que nous nous amusions à faire éclater en marchant dessus.

    La porte cochère de la maison s’ouvrait sur une voûte. A gauche, était le logement des "Marie Jacques", deux sœurs, "les gardiennes". A droite, quelques marches menaient à un long vestibule qui desservait à la fois le bureau, le salon, le billard et la salle à manger pièces qui donnaient par de grandes portes fenêtres sur le jardin. Ensuite au fond du vestibule, après le téléphone, l’office et la cuisine s’ouvraient sur le jardin de derrière.

  On montait au premier étage par un escalier en chêne ; la rampe était large. Nous, les plus jeunes, voulions faire comme les grands, c'est à dire la descendre à califourchon ou à plat ventre. Mais un jour Etienne tomba et s’ouvrit le front. On y vissa alors sur la rampe tous les quarante centimètres des boutons de porte, ce qui mit fin évidement à nos acrobaties

 

  On montait au premier étage par un escalier en chêne ; la rampe était large. Nous, les plus jeunes, voulions faire comme les grands, c'est à dire la descendre à califourchon ou à plat ventre. Mais un jour Etienne tomba et s’ouvrit le front. On y vissa alors sur la rampe tous les quarante centimètres des boutons de porte, ce qui mit fin évidement nos acrobaties.

  

   Sur le palier de l’étage desservant les chambres, je revois, le soir l’alignement des bottes d’oncle André et des autres paires de chaussures, attendant d’être "faîtes" par l’ordonnance de mon oncle au petit matin.

      Chaque chambre disposait d’une entrée et d’un cabinet de toilette. La chambre de grand-mère était sans doute la plus belle. Je dis sans doute, mais cela ne pouvait être autrement. Je n’y suis peut-être entrée que trois fois et j’en ai le souvenir d’un endroit mystérieux.

     Elle donnait sur la terrasse dominant le jardin, et Fafa, Nanie et Mico, qui travaillaient tous les matins
 dans une pièce situé au deuxième étage, juste au dessus, en profitaient bien. 

   En effet, tous les matins, vers dix heure, on entendait grand-mère, sortie sur son balcon, dire : "Les p’tits cocos ? " Alors très vite un des "p’tits cocos" descendait par la fenêtre un petit panier au bout d’une ficelle, juste sur la terrasse. Grand-mère alors le remplissait de toute sortes de bonnes choses qui se mangeaient et les "p’tits cocos" bien contents remontaient leurs paniers.


    Il parait que nous les moyens étions un peu jaloux............ .

    La chambre de tante Lotte et oncle André était appelé la "chambre noire" parce que le lit était peint
 en noir comme ce fut à la mode à une certaine époque.

    Mes deux tantes, Louise et Ermance, partageaient la même chambre, elle était ravissante. Les meubles étaient peints en blanc patiné. Sur la commode, je vois de gros coquillages tachetés, que nous nous amusions à mettre contre notre oreille pour entendre la mer.

    Les rideaux et les dessus de lit étaient en tissus imprimé dans les tons de rose. Cette chambre était pleine de lumière car elle donnait sur le jardin par de grandes fenêtres.

    A coté de cette chambre, un petit cagibi était coincé sous la cage d'escalier montant au grenier. C'est dans ce petit cagibi que tante Péchu se réfugiait quand le tonnerre grondait car elle avait très peur. D'autres fois, elle s'enfermait dans son cabinet de toilette, la tête dans un oreiller.

    La chambre bleue occupée par Badite et Nanie au dessus de la cave à charbon, me plaisait beaucoup, surtout le cabinet de toilette où se trouvaient sur une table des petits pots en verre, peints à la main par grand-mère je crois, une bague couleur brique que lui avait donnée tante Péchette, et des petits outils délicats pour les ongles, le polissoire par exemple dont Badite coquette, se servait tout les jours.

    Je vois sa silhouette se détachant devant la fenêtre qui donnait sur le jardin de la cuisine et au loin sur le mont saint Quentin.

    C'est dans cette chambre, je crois que Nanie en robe de piqué bleu clair faisait des maths, aidée de Paul, le mari d'Elmée.

    Les "cabinets" se trouvaient à coté de cette chambre. C'était une vaste pièce qui abritait aussi une baignoire et son caillebotis. La fenêtre donnait sur le toit du garage, et il nous est arrivé pour nous amuser de sortir par là, plutôt que par la porte. C'était un endroit où nous pouvions fumer tranquillement des pipes en marron de feuilles sèches ou nos premières cigarettes. Il me semble que le siège était élevé, un véritable trône.

    Cet étage de la maison était relié par une passerelle à une petite maison plus ancienne sans doute, qu’on appelait la maison des Graff.

    Il y avait là plusieurs chambres dont celle que j’occupais avec Madeleine, et les deux dortoirs pour les garçons. Je crois que quelquefois ils s'amusaient beaucoup et que Ben faisait s "p'tite" dans le lavabo, et les pots de chambre étaient à l’honneur, ce qui n’empêcha pas Marc, une certaine nuit, de se soulager dans son lit qu’il refusa de quitter : "j’y suis, j’y reste" !

    A coté une autre chambre où dormait quelquefois le cousin Mona, Cousin de grand-mère, et je me souviens que moqueuse, je fredonnais alors parfois :

Je t'ai rencontré près de la mosquée
Oh Mona,
Ton œil brillait comme l'électricité
Oh Mona

Oh Mona t'es la plus belle
Oh Mona tu m'ensorcelle
Adjibella oh Mona !....

Madeleine me suppliait de me taire !

 

 

    A l'époque où je me situe, j’avais environ onze ans.

 

    Nous étions vingt-quatre cousins et cousines, seize garçons, huit filles, d’autres naissances suivirent jusqu’à l’été trente neuf, date à laquelle notre paradis pris fin.

 

    
Parmi tous ces cousins, nous étions quatre à avoir à peu près le même âge, Lala était de l’âge d’Etienne, Codi du mien. Nous formions le quatuor des "moyens".

Derrière nous suivaient les "mimiles", Marco, Aker, Denis, Phiphi.
(Le mimile est un héros du lorrain G. Schepfer, enfant turbulent, maladroit qui ne fait que des bêtises, asticote un chat, met des boules puantes partout, des pétards qui pètent
quand on ouvre une porte etc.) ……. Caricatures de nos gentils mimiles bien sûr !


    Plus jeunes encore, les "petits", Kali, La Cocote et Jean-Loup (le premier de la quatrième génération)

    Enfin, les "grands" : Pellot, Zézé, les trois "Renaudine", Fafa, Nanie, Mico, le Cotte.

   Il y en avait pourtant un qui était un peu à part, un peu à part, un peu trop jeune pour être vraiment avec les "grands", un peu trop vieux pour être avec les "moyens" :

    C’était Ben. Il avait un caractère original, indépendant, un peu ours. Il profitait adroitement de toutes les bonnes occasions : ballades avec les grands en voiture, bains dans la Moselle, pêche, etc.

    Il pouvait comme ses ainés rester au salon avec les grandes personnes et jouer au billard sans risquer qu’on lui dise : "tu vas déchirer le tapis".

    Venons-en au jardin. Il était beau. Dans le verger il y avait des pêchers, "très vieux" disaient les parents, des mirabelliers, des pommiers, un noyer, un cognassier dans lequel nous aimions beaucoup grimper.

   Les mirabelles étaient souvent véreuses, pleines de "tabac", nous les recrachions alors avec dégout, mais elles étaient très savoureuses, tandis que celles de Nancy étaient belles, un peu plus grosses mais moins parfumées selon maman qui était nancéenne. Les pêches étaient réservées aux grandes personnes, il était défendu d’en manger surtout celles qui se trouvaient le long du mur du fond du potager. Autrefois, elles étaient pour grand-père, et on rappelait que chaque fois que l’on lui en apportait, il les partageait aussitôt.

    Le Mouth, le jardinier, s’occupait du potager et je passais des journées entières avec lui. Avant lui, c’était avec Bernard, Bernard Rabat le fils des fermiers. Je me souviens qu’accroupi il faisait souvent des "palas" comme disait Jean-Loup (un de la quatrième génération), et cela faisait bien entendu rire d’autant plus qu’il disait d’un ton grave : "ce sont mes leggins qui craquent !". Par contre je ne riais pas du tout quand le Mouth me racontait ses histoires de grosses limaces rouges........ qu’il mangeait ! Cela m’horrifiait mais m’intriguait : les avalait-il, les mâchait-il ? Il avait un fort accent alsacien qui m’impressionnait beaucoup mais ne m’empêchait de le suivre partout où il allait, et de lui dire ce que je savais d’Allemand : "Dou, biste gross vourme"  ou "Dou biste agnesel". Il riait très fort en découvrant une dentition plus que sommaire : il devait donc les avaler ! (les limaces).

    Nos journées étaient bien remplies, nous passions presque toutes les après-midi au jardin. Nous faisions des cabanes sous les aucubas où nous retrouvions très souvent un gros merle presque apprivoisé ; ou bien nous montions des tentes dans la prairie.

    C’est d’ailleurs dans l’une de celles-ci que Codi m’appris confidentiellement que les enfants "sortaient par le derrière" !

    Je me souviens qu’un jour on cherchait Etienne partout. On le découvrit en haut du gros tilleul au fond du jardin.... mais après tout était-ce Etienne ou un autre ?

    Je ne sais plus. Etienne qu’on appelait le cousin Bénédicité. Il était  toujours un peu dans la lune, tenant à la main un filet  à papillon bleu, et, en bandouillère, une petite boîte dans laquelle il mettait ses prises, insectes, vers, papillons.

    Je me rappelle de ces jolis papillons bleus à pois dorés, posés sur le crottin ocre jaune, sur a petite route devant la maison, et des grosses bouses de vaches dans lesquelles Lala enfonçait son doigt avec délice.

 

          

 












































    Un jeu que nous aimions beaucoup, Codi, Lala et moi, consistait à faire le "tour du mur". Il fallait d’abord monter sur un muret tout encombré de pommiers en espalier à grosses pommes rouges, pour atteindre le mur proprement dit qui clôturait le jardin. A certains endroits, il était un peu éboulé, à d’autres, des broussailles l’encombraient, parfois les tuiles qui le protégeaient étaient branlantes ; aussi nous devions faire très attention à ne pas tomber. Lala était généralement devant, moi au milieu et Codi derrière ........ et puis c’était inévitable, tout d’un coup Codi prit de trouille nous demandait de stopper : il était persuadé qu’un gros lion était derrière lui et il avait très peur que ce lion ne l’agrippe par derrière.

    Aussi Lala et moi, pas tellement plus courageux que lui, sautions sans hésitations soit dans le champ des bonnes sœurs soit dans celui des vaches !

    Il faut dire qu’au début de la "promenade", je m’arrangeais toujours pour ne pas être la troisième, car j’avais aussi très peur de ce lion.

     Quelquefois, quand la terre avait été bien mouillée par la pluie, nous allions "faire de la terre glaise", dans le potager près de la "porte de tante Amée". La terre à cet endroit était parfaite et nous nous amusions surtout à faire des boudins.

     Occupés à ces différents jeux, nous disparaissions ainsi toute l’après-midi, faisant seulement une apparition à la maison au moment du goûter. Celui-ci était extraordinaire : nous mangions des tartines de "bocote" : grandes tranche de pain mouillé, saupoudrées de sucre cristallisé. Les "bocotes" étaient très prisées chez les "moyens". Quant à ceux qui ne les aimaient pas, ils avaient le choix : soit deux morceaux de sucre soit deux carrés de chocolat avec du pain.

     En fin d’après-midi, c’est oncle André qui donnait quelquefois le bain aux plus petits d’entre nous. L’eau coulait très lentement, un mince filet sortant d’un gros chauffe eau marron, puis en robe de chambre nous descendions et nous jouions aux cartes en attendant le diner : au schwartz-peter, au boudu, nous faisions des bézignes ou des batailles navales. Marc tout petit, faisait des crapettes avec tante Lotte sa marraine. Il jouait bien, voyait tout mais était un petit peu mauvais joueur et, lorsqu’il perdait, il n’hésitait pas à lancer à la tête de sa tante toutes les cartes qui lui rester.

    Après le diner, au mois d’Août, quand les soirées étaient encore très chaudes, nous jouions dans le jardin, aux gendarmes et aux voleurs. J’adorais ce jeu malgré la peur que j’avais du noir. Et puis on allait se coucher après avoir dit bonsoir aux grandes personnes.

    Les matinées se passaient presque tous les jours de la même façon : c’était la liberté, on se levait à l’heure de son choix, le petit déjeuner était servi en bas dans la salle à manger jusqu’à une heure avancée.

    Ensuite, on faisait ses devoirs de vacances à toute vitesse car, après il y avait quand il faisait beau, le bain dans la Moselle ce qui était une des choses les plus importantes pour nous.

    Le départ était un moment très animé. Les "grands" ne voulaient pas toujours nous accompagner, nos parents par ailleurs ne voulaient pas non plus nous laisser nous baigner seuls, aussi, nous devions attendre quelquefois que quelqu’un veuille bien se dévouer, et bien sur, nous piaffions. Enfin tout s’arrangeait et nous partions avec notre serviette sous le bras.

    Nous descendions jusqu'à la Moselle, soit par la grande côte, très sombre à cause des grands arbres et où régnait une odeur très forte de purin, qui me dégoutait, car j’étais "nareuse", soit par le chemin de chouchou dans les vignes où j’avais toujours un peu peur car le mur longeait le mur de la propriété de monsieur Schuman, et derrière ce mur, son gros chien nous accompagnait le plus loin possible en aboyant comme un fou.

    Arrivés au bord de la Moselle, c’était épatant. Il n’y avait pas de plage à proprement dit mais des petits buissons, de l’herbe et quelques cailloux et de grands peupliers bruissant qui sentaient bon. Nous étions toujours seuls. Nous adorions l’eau et nagions tous très bien. Je me souviens du petit slip en laine marron, tricoté par maman, un rugueux et qui mouillé était lourd et pendouillait un peu.

    Souvent on décidait de traverser la Moselle ; le fin du fin était de faire l’aller et retour sans s’arrêter. On prétendait qu’elle avait cent mètres de large, mais j’exagère sans doute.

 


    Quelquefois, il nous arrivait de nous accrocher au gouvernail d’une péniche, une de celles qui passaient bien pleine de sable ou de charbon, et nous nous laissions tirer pour remonter le courant jusqu’au moment ou le batelier nous apercevait et nous intimer l’ordre de lâcher.

    Avançant silencieusement, glissant sur l’eau qui arrivait au raz de leurs bords, les péniches de la Moselle me plaisaient.

    Mes grands cousins, Pellot, Roger et François avaient des costumes de bain noirs, sévères, parfois un bonnet de bain. Ils m’épataient quand ils nageaient le crawl.

    Quant à oncle Raoul avait une façon bien  à lui de se baigner, avec sa barbe blanche, son crâne tout nu, son maillot de bain noir,  de l’eau à mi-cuisses, il se tapotait d’abord avec un peu d’eau prise dans le creux de sa  main, l’estomac et le haut de son crâne, et puis, tout d’un coup, il plongeait et nous faisait une démonstration admirable de brasse papillon. En réalité, il me faisait  penser à une otarie toute lisse, toute luisante.

    On l’aimait bien.

 

 

    Pellot qui était très bricoleur avait fabriqué un aquaplane qu’il eut l’idée de relier à l’essieu d’une roue de sa voiture par une corde. Il voulut enfin un matin faire l’essai de son engin.

    Badite fut choisie comme cobaye. Je vois l’aquaplane au milieu de la Moselle, Badite dessus, tandis que Pellot sur la berge met le moteur en marche ; la roue dégagée fait office de treuil et enroule  autour d’elle le filin. L’aquaplane se rapproche de plus en plus vite de la rive. Badite dressée a l’air d’une star ! Mais, Pellot n’arrête pas à temps son moteur, si bien que la jolie Badite vient s’aplatir sur la berge avec l’aquaplane : grosses égratignures, beaucoup de peur et colère noire de la vedette.

     Il était midi, on s’en apercevait tout d’un coup, il fallait remonter pour le déjeuner. On se hâtait. Au deuxième coup il fallait être à la salle à manger. Certains étaient souvent en retard, mon père en particulier en rentrant de Metz.

    J’aimais le son de cette cloche qui sonnait le rassemblement de la famille.

    Aux repas, grand-mère était assise au bout de la longue table qu’elle présidait. Je la voyais de très loin car j’étais tout à l’autre bout ; nous étions quelquefois une trentaine à table. Grand-mère avait à droite Oncraoul, le plus âgé de ses gendres, à sa gauche il me semble que c’était papa son fils, ensuite les autres ménages, et puis les "grands", les "moyens", les "mimiles" et peut-être quelques petits. Je me trouvais donc presque tout au bout, et je voyais tous les profils superposés comme une collection de médailles. Les repas étaient très bruyants.

    Les menus étaient décidés par grand-mère et tante Août avec la cuisinière, Marie. Je ne me souviens plus très bien de ce que nous mangions. J’ai l’impression de n’avoir mangé que des haricots verts du potager bourrés de fils. C’était délicieux... malgré les fils. Je revois encore leur couleur vert pâle atténuée par la crème.

    Je me souviens aussi des histoires de choux de Gérard. Les choux n’étaient pas du tout appréciés au bout de la table, et je vois encore sur le mur une tâche grasse faite avec du chou que tout simplement, le Lala avait projeté derrière lui en se servant de sa fourchette comme d’une catapulte.

    Il y avait quelquefois des privations de dessert. Le puni se levait de table et disait à la cantonade, un peu vexé tout de même et en faisant la "pente" : "je m’en fiche, j’irai au jardin" !

Les assiettes illustrées nous amusaient toujours leurs légende disaient :

               "Madame printemps, marchande de bébés"

               "François les bas-bleus"

               "La cruche cassée"

               "Il est formellement défendu de toucher aux pommes du voisin"

               etc.…

    Dès que nous avions nos assiettes, chacun plaquait la sienne contre lui et proposait aux autres d’en deviner la légende en donnant seulement un détail par exemple : "j’ai une cloche", et l’autre devait répondre : "Au galant jardinier" !

    Après le déjeuner les grandes personnes prenaient le café au salon si le temps n’était pas suffisamment beau pour être sous la véranda.

    Oncle Raoul prenait une chaise, s’asseyait au milieu du salon, sous le lustre, tenant d’une main sa tasse à café et de l’autre sa petite cuillère. Il la faisait tourner dans sa tasse pour faire fondre le sucre d’une manière très originale : gardant comme point fixe le centre de la tasse, il décrivait lentement un cône renversé, ce qui nous fascinait.

    S’il faisait beau on gagnait la véranda. Pour y aller de la salle à manger, on passait par le billard et oncle André, peut-être émoustillé par le bon vin ou par ses nièces leur faisait des "frites", mais en tangente. Elles n’aimaient pas du tout !


       Sur la véranda, les grandes personnes prenaient le café, assises dans des transats, des fauteuils en osier, profonds, usés, certains défoncés étaient recouverts de housses de ton pastel.

     Mes cousines s’asseyaient sur les marches du perron, les garçons sur la balustrade qui entourait la terrasse. On parlait, on riait. Quelquefois les voix s’élevaient un peu : une discussion politique entre Paul et oncle André ou papa. Si le ton montait, on entendait tout d’un coup grand-mère dire : "Allons mon bon Raoul, où allons-nous cet après-midi ?" Cette phrase sous-entendait évidement "allons à la pêche" ! Accord unanime, mais qui ? Les grand, les moyens, les mimiles ? Ces départs étaient souvent l’objet de crises de larmes, de colère. Tout le monde bien sûr ne pouvait pécher l’ablette et le goujon !

 

     Je n’aimais pas pêcher, tripoter un ver me dégoutait, et décrocher le pauvre petit poisson que, par malheur, j’avais attrapé me faisait peur. Mais j’aimais voir marcher oncraoul suivant des yeux son bouchon, le long de la Nied, de la Seille ou de la Moselle. Il parait qu’il faisait ainsi des kilomètres.

    Grand-mère restait assise sur son pliant, immobile, avec son chapeau de paille, sa canne à pêche à la main, ses asticots grouillant dans une boîte en fer ronde genre Vichy à ses côtés. Sur l’herbe verte au bord de l’eau, à l’ombre de grands peupliers.

    Il y avait à Chazelles des moments de la journée que j’aimais particulièrement. Le matin, après le petit déjeuner, avant le bain à la Moselle, le billard et le salon étaient à nous pour un temps, car les parents étaient occupés à leurs "olivettes" de ménage et prenaient leurs temps à leur toilette.

    Dans le salon, les grands passaient à ce moment là des disques, des 78 tours, sur un phono à manivelle acheté par Madeleine avec son salaire de secrétaire :

      "Les gars de la marine" et l’envers

      "Quand la brise vagabonde…"

      "Adieu Venise provençale"

      "C’est gentil chez moi …. Venez-y"

       ou bien la rondeur de la poitrine de Marinella chanté par Tino Rossi

      "Couchés dans le foin"

      "Elle lisait Marie-Claire" etc.…

     J’aimais entendre ces disques. Le salon était plein de lumière, il faisait bon et j’avais une robe en toile, décolletée !

     Un autre moment délicieux, se situe seulement à la fin des vacances au début de l’automne.

    En fin d’après-midi, nous étions tous assis au salon, devant la cheminée où l’on faisait du feu ; les fagots soignés de la Marie-Jacques avaient du mal à prendre et nous enfumaient souvent. Tante Péchette et Badite nous racontaient des histoires ou nous chantaient des chansons. Nous étions assis par terre ou sur un tabouret.

Tante Péchette chantait :

                           "Le petit François"
                           "Tous les Allemands y sont carrés"
                           "Les louis d’or"          (chanson qui nous impressionnait beaucoup)
                           "C’est l’empereur d’Autriche qu’a dit"

      Badite quant à elle, chantait la triste histoire d’un jeune quartier-maître blessé

"à la dunette" et que sa blonde venait voir. Il allait mourir et je me demandais où était cette "dunette". Je crois bien Badite avait la larme à l’œil en chantant ou peut-être était-ce moi…

 

    Je veux aussi parler du "billard" car c’était une pièce que j’aimais. Le billard lui-même trônait au milieu de la pièce comme un gros animal. Tout autour, des placards remplis de livres et de revues (l’illustration, mon journal), mais aussi des jeux de cartes, de dames, des jeux d’oie… De ces placards émanaient une odeur de papier que j’aimais.

    Dans les angles, des divans avec beaucoup de coussins dans les tons pastels, profonds, douillets comme des édredons. Nous faisions avec ces choses molles des cabanes, des maisons et j’aimais la tiédeur de ces tissus autour de moi.

     On ne jouait pas au billard, ce jeu était réservé aux grandes personnes : les boules blanches, la rouge, les queues, la craie bleue, ce n’était pas pour nous !

     Des "grands" ont dansé quelquefois dans ce billard : je revois particulièrement Paul dansant avec Elmée une java en lui mettant les mains sur les fesses ! Cela me fascinait.

A suivre....

 


Par Tertois Olivier - Publié dans : Chazelles1
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Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /Jan /2009 12:36

     Le dimanche était bien sûr un jour exceptionnel. Il fallait s’habiller "en Dimanche", et la maison retentissait des appels des mères pour se préparer à aller à la messe. Mes frères et moi ainsi que certains cousins étions souvent en costume marin blanc ou à fines rayures. Je nous trouvais très chics.

 

     Je sens encore le contact de certaines petites sandales en toile blanche à boutons. Passées au blanc d’Espagne. Maman me les mettait encore un peu mouillées car nous étions en retard. Elles étaient donc encore grises quand je les enfilais, mais en séchant elles devenaient blanches et un peu dures aux pieds.

 

    On pouvait aller à la messe à deux endroits, soit à la chapelle fortifiée tout près de la maison, soit à Sey, à un kilomètre de Chazelles. A la chapelle fortifiée, la messe était très longue mais de bonne heure, si bien qu’on pouvait aller se baigner ensuite. Cette messe m’ennuyait sauf le moment où l’on passait une corbeille en osier pour les pains bénits tout brillants.

 

    Quelquefois les "petites Michèle" pensionnaires d’une maison qui se trouvait en face de la nôtre, assistaient à cette messe. Elles ne devaient jamais tourner le dos à l’autel, ainsi regagnaient-elles leurs places, après la communion, en marchant à reculons Il en était de même à la sortie de l’église.

 

    La grand messe chantée à Sey était, elle plus tardive. Grand-mère et certains y arrivaient en voiture. Les enfants grimpaient par le raccourci bien raide. Je revois devant l’église le groupe des hommes du village qui n’entraient que lorsque la messe était bel et bien commencée. Nous avions quelques bancs réservés pour la famille, deux je crois, dans le haut de l’église, coté épître. Nous posions nos pieds sur de longues planches étroites et branlantes qui se renversaient souvent à cause de notre agitation, en faisant un bruit de tonnerre dans l’église, et comme par hasard au milieu du sermon ou au moment de l’élévation.

 

    J’ai rarement vu mes grands cousins avec moi ils devaient s’éparpiller dans l’église ou peut-être ne pas venir du tout…. !

 

    A la messe, j’adorais chanter le "Credo" que l’on chantait très fort, très lentement, très faux, avec un accent lorrain particulièrement sensible ; l’assistance répondait à la chorale qui se tenait à la tribune. Je faisais souvent la "seconde" avec mes frères, il me semble que mes cousins chantaient un peu faux. Etienne dit un jour à Lala : "Tu chantes pas, tu racontes ! " Les plus beaux cantiques étaient à mon goût : "

 

                 "Dieu de clémence"

                "Au ciel, au ciel, j’irai le voir…"

 

     Lorsque l’enfant de chœur en rouge et blanc  quêtait dans les rangs, c’était toujours des mines, des chuchotements, des fous-rires, des "pouffades" de tous les garçons, comme des filles du village, engoncés, enrubannés avec de bonnes figures roses et rondes.

 

    Arrivait ensuite le moment terrible de la seconde quête qui était faite par quelqu’un de l’assistance, une fille en général. Lorsque je voyais arriver l’enfant de chœur pour choisir sa victime, je faisais semblant de lire dans mon livre de messe. Mais plus tard, j’ai quêté quelquefois et je me sentais bien fière, on me regardait, j’étais une petite Tribout de Chazelles.

 

    A la sortie de la messe, sur le la place de l’église bordée de gros marronniers d’où avait vue sur toute la vallée vers Metz, nous retrouvions des amis, qui comme nous, passaient les vacances dans la région et récoltions parfois sans enthousiasme quelques invitations à goûter.

 

      Il faisait toujours beau à ces sorties de messe !

 

    Nous étions "sauvages". Nous n’avions besoin de personne. Nous étions bien ensemble, nous nous suffisions. Aussi, lorsque l’on nous annonçait que les Untel venaient goûter, nous étions furieux. Il fallait s’habiller un peu ; et puis qu’allions nous faire avec ces "petits-amis" que nous trouvions "gnangnan" ?

 

    Vers trois heures ils arrivaient ; on les guettait en se penchant par-dessus le grand mur. On les voyait monter par la petite côte, plus raide que la grande mais moins longue ; lorsqu’ils étaient à la grille, on détalait comme des lapins pour se cacher dans le potager qui, nous le pensions, était réservé aux gens de la maison. On se cachait dans les broussailles et les aucubas, et ainsi nous les observions.

 

    Je ressentais quelque chose d’exaltant : ils nous ennuyaient, mais grâce à eux, nous nous amusions bien pendant ce moment.

 

    Alors, on nous appelait, et l’un après l’autre nous arrivions. On disait bonjour puis l’après-midi se passait tant bien que mal à se regarder et à ne rien faire.

 

    Très souvent les enfants des invités restaient près des grandes personnes qui prenaient le thé dans le jardin.

 

    Je crois qu’on leur faisait un peu peur. Nos parents étaient peut-être mécontents de notre sauvagerie, mais je me souviens d’aucune remontrance de leur part ; ils devaient nous comprendre.

 

    Dans ces cas là, Ben disparaissait complètement on ne le voyait plus de la journée. Il allait s’installer dans un coin, aux cabinets peut-être, avec le "Dernier des mohicans" ou un Jules Vernes.

 

    Il menait sa propre vie, et quand il participait avec nous les "moyens", à une ballade ou autre chose, j’avais l’impression d’être presque une "grande".

 

    Il y avait à Sey une famille avec des enfants de nos âges
qui y venait passer les vacances. Les ainés me semblaient plus "olé olé" que ceux de chez nous, et pourtant Pellot et Roger étaient toujours à la mode de Paris (épaules carrées, pantalons larges, cheveux gominés, béret sur l’oreille).


   Dans cette famille, les filles étaient souvent pieds nus dans leurs escarpins, ce qui choquait beaucoup grand-mère ; aussi Badite, ses sœurs et les garçons étaient obligés de les "escamoter" en quelque sorte quand ils venaient nous voir. Ils avaient une voiture de sport décapotable qui faisait mon admiration, mais Pellot en avait une également.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pelot  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Une autre famille avait sa maison près de la nôtre. Nous allions quelquefois chez eux pour jouer au croquet ou au tennis. Il me semblait que la "fille Schnitzler" béait d’admiration devant Fafa.

    Dans un tout autre genre, les visites de la cousine Léonie, cousine de grand-mère nous faisait toujours sourire. Un continuel "hum… hum… hum… " sortait de son énorme poitrine très remontée, ce qui faisait dire aux facétieux Mico : "Léonie pourrait sans risque posait sa tasse de camomille dessus" ! Paul parlait, lui, de "seins d’acier" et cela me rappelle que tante Péchette quant à elle, mettait sa serviette de table de la façon suivante : elle la coinçait sous ses aisselles, si bien que sa poitrine assez forte était parfaitement protégée et maintenait même sa serviette.

 

    Je me souviens aussi de ces deux femmes très âgées,qui vivaient depuis toujours chez grand-mère,

les Jacques, Françoise et Marie, toujours silencieuses.Elles étaient "gardiennes", installées depuis

longtemps dans la petite maison attenante à la grande.

 

    Elles portaient des hâlettes, coiffes lorraines, et le nez de la Marie-Jacques était tellement long que

même de profil on en voyait encore un grand bout, malgré le large bord de la coiffe.
Voir sur ce site http://www.gflmetz.com/French/Coiffure.htm

 

 




 

    Elle nous faisait très peur ; elle marchait cassée en deux, en accompagnant chacun de ses pas "ach… ach… ach…" ! Et puis, elle sentait très mauvais, ce qui nous faisait dire en d’autres circonstances : "ça sent la Marie-Jacques" !

 

    Elle avait une affreuse façon de tuer les poules et les lapins, ce qui entrait dans ses fonctions. Assise dans le poulailler, elle coinçait la victime dans sa grande jupe, entre ses genoux, lui levait la tête vers le ciel, lui mettait un entonnoir dans la "bouche" et y versait de l’eau de vie. De la mirabelle peut-être, pour la saouler à mort. C’était effrayant.

 

    Sa sœur Françoise était douce, on lui disait bonjour, mais si nous rencontrions la Marie-Jacques dans la Croue ou dans l’écurie, on n’en menait pas large, on baissait les yeux, et une fois celle-ci croisée, on se carapatait à toute vitesse. Mais elle faisait de très beaux bouquets de fleurs pour la fête de grand-mère, le 15 août avec de gros dahlias à tiges de toutes tailles, les plus petites mises devant.

 

    Curieusement je me rappelle très peu ces 15 août qui étaient pourtant un jour de fête, où nous jouions, petits et grands, la comédie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Il y eut aussi des événements importants ou épisodiques dont il faudrait parler mais je m’en souviens à peine si longtemps après.

Le mariage de Paul et Elmée.

 

     Les loopings de Roger, qui s’entrainait au camp de Freskati, au dessus du jardin.

 

    Le camping des parents et des grands dans les Vosges.

 

    Les séances photos, avec le difficile rassemblement des enfants.

    Et encore des bribes de phrases et ces mots que j’ai retenus et qui restent encore des mystères pour moi :

 

     "La bande de Vaux"

 

    "Badite a dit m---e à grand-père. "

 

    "La "preuveuveuveuveuve" prononcé par Ben en écrasant son nez avec son doigt.

 

    Aujourd’hui Chazelles et toutes ces "grandes personnes" parents, oncles, tantes ne sont plus là et plusieurs d’entre-nous également.

 

    Le souvenir que j’ai d’eux tous reste associé à tant de moments de bonheur vécus ensemble, et c’est ce qui me lie encore profondément à tous ces cousins et cousines.

 

J’ai cherché à traduire en mots mes souvenirs, mais ce qui est indescriptible c’est cette ambiance de chaleur, de gentillesse, de liberté, de lumière, de gaité, de bonne entente qu’évoque pour moi et pour nous tous le simple mot de "Chazelles"

                                                                                                   Françoise

Par Tertois Olivier - Publié dans : Chazelles2
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Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /Jan /2009 12:37

Quelques images encore de ces beaux et lointains étés passés en famille.

































Nos chansons


"La leçon de danse du petit François"


Mon petit François, mon petit François

Toi vouloir que je t’apprenne

Comment autrefois, comment autrefois,

Je dansais à la prussienne

Ou bien à la Tyrolienne.

Ecoute bien, écoute bien,

La leçon de ton bonne amie

Regarde bien, regarde bien,

Comme fait la grosse Marie


Tu mettre ton pied là,

Trin, trin, trin, trin, trin, trin, trin, trin,

Serres moi mieux que ça,

Marque donc la mesure,

Oh! Que ton tête est dure !


Sur les bords du Rhin
A Vienne, à Berlin
J’ai connu l’armée française
Plus d’un général, plus d’un caporal
Avec moi ne t’en déplaise
De valser était bien aise.
J’avais 20 ans, de grosses couleurs
J’étais dodue, un peu sournoise.

Il m’appelait, tous ces messieurs,
La séduisante Bavaroise.
Les bras plus près du corps
Trin, trin, trin, trin, trin, trin, trin ,trin,
On dirait que tu dors
Vas flin floun der crass nick fisch clac
Marque donc la mesure,
Oh! Que ton tête est dure !
Trin, trin, trin, tra la la la la


                                      François :


J’étouffe de Chaleur
Ca m’tourne sur cœur
J’va r’trouver mon capitaine

 

                                     Marie :


Non ! tu resteras
J’te dis que j’n’veux pas
J’te dis qu’il faut que j’t’apprenne
Est-elle entêtée l’ancienne
M’sieur François vous pas partir
Me v’la bloqué par l’Alsacienne
François met ton pied là
Trin, trin, trin, tra la la la la
C’est beaucoup mieux déjà
Vas flin floun der crass nick fisch clac
Bravo ! c’est en mesure
Ton tête est bien moins dure
Trin, trin, trin, tra la la la la


Ne pas oublier l’accent !



"Le louis d’or"


Un soi, le loup de la rivière,
A l’ombre des noirs peupliers
Près du moulin de ma meunière
Passait un homme de six pieds
Il avait la moustache grise
Le chapeau rond, le manteau bleu
Dans ses cheveux soufflait le brise
C’était le diable ou le bon Dieu
Sa voix qui sonnait comme un cuivre
Et qui rendait le son du cor
Me dit : "au bois il faut me suivre
Et tu auras 100 louis d’or"

Je le suivis sans résistance
Par son œil noir ensorcelé
Il m’aurait montré la potence
que je n’aurai pas reculé.
Il courait plus vite qu’un lièvre
Je croyais que j’allais mourir
Mais lui, pour me faire revivre
Disait rendant le son du cor :
"Au fond des bois tu dois me suivre
et tu auras 100 louis d’or

Au fond des bois nous arrivâmes
Il faisait nuit ; les arbres verts
Jetaient dans l’air de vertes flammes
Je crus entrer dans les enfers
Je vis un éclair effroyable
Défigurer mon inconnu
Holà ! Je reconnu le diable
A sa queue, à son front cornu
Il me fit voir ouvert, un livre
Où rien n’était écrit encore
Il me dit "signe, et je te livre
En or sonnant 100 louis d’or

Jure ton sang, jure ton âme
Jure le diable, jure Dieu
Que tu n’épouseras pas femme
Ni du hameau, ni d’autres lieux
Au moins avant la quarantaine
Et qu’on te verra tous les jours
Courir de fredaines en fredaines
Sans te fixer dans tes amours
Quand sa griffe eut rougi le livre
Où rien n’était écrit encore
Il me dit : "signe et je te livre
En or sonnant 100 louis d’or".

Au lieu de signer sur la page
Où le diable avait mis ses doigts
Je croyais qu’il était plus sage
De faire un grand signe de croix
Le diable partit en fumée
Et je me retrouvais soudain
Chez ma meunière bien-aimée
Dans une chambre du moulin
Elle disait : "Tiens, je te livre
Mon cœur, mon moulin, mon trésor" !
Elle avait en beaux sous de cuivre
La belle avait 100 louis d’or.



Tous les Allemands sont carrés"


Tous les allemands y sont carrés (bis)
Et pour bien se distinguer (bis)
Ils mettent à leurs boutonnières
Foui Pien
Un’ fleur de pomme de terre
Et vous m’entendez bien.

Quand les enfants dans leurs berceaux (bis)
Ils crissent "papa, maman gâteaux" (bis)
Les bonnes pour les faire taire
Foui Pien
les pourrent de pomme de terre
Et vous m’entendez bien.

Quand les allemands font la café (bis)
Au lieu de mettre du chicorée (bis)
Ils mettent dans la cafetière
Foui Pien
Une grosse pomme de terre
Et vous m’entendez bien.

Quand les allemands sont mourus (bis)
Et qu’on aura bien pleuré dessus (bis)
On plante dans la cimetière
Foui Pien
Un gros pied d’ pomme de terre
Et vous m’entendez bien.


L’empereur d’Autriche


C’est l’empereur d’Autriche qu’a dit (bis)
Au roi de Prusse son ennemi (bis)
B----e mon c-l et la paix sera bientôt faite
Turlurette pan pan turlurette.

Le roi d’Prusse a répondu (bis)
Non, je n’b--rai pas ton c-l (bis)
Et la paix ne fut pas faite turlurette
Turlurette pan pan turlurette.

L’grand Napoléon survint (bis)
Qui leur dit : "Vous B----rez bien l’mien" (bis)
L’un à gauche et l’autre à droite turlurette
Turlurette pan pan turlurette.

Pendant qu’il b----aient son c-l (bis)
Un gros pet sortit de son c-l
Qui les a tous confondus
Et la paix fut bientôt faite turlurette
Turlurette pan pan turlurette.

Ce qui prouve mes amis (bis)
Que pour vaincre ses ennemis (bis)
Faut avoir un c-l qui pête turlurette
Turlurette pan pan turlurette.


"La jolie blonde"


Le lendemain dès l’point du jour
Le commandant vint faire son tour
Il demande à son équipage
S’il n’y avait personne malade (bis).

Le capitaine lui répondit
Il n’y a personne d’malade ici
Il n’y a qu’un jeune quartier-maître
Qui s’est blessé à la dunette

Jeune quartier-maître, mon cher ami
as-tu regret de mourir ici ?
Je n’ai qu’un seul regret en c’monde
C’est de mourir sans voir ma blonde.

Ta blonde, ta blonde mon cher ami
Nous la ferons venir ici
Par quatre officiers de marine
Qui sont à bord de leur navire

Je vois ma blonde venir au loin
Les larmes aux yeux, les mains jointes
Trop tard trop tard, ma jolie blonde
Car ma blessure est trop profonde.







Notes d’olivier


      Chazelles, se trouve sur la commune de Scy-Chazelles


      Monsieur Schuman est Robert Schuman et des pères de l’Europe


      Les grands : les 3 filles Renaudin, Pierre (Pellot) et Roger.

      

      Les moyens : Les aînés des Germain, et des Tribout, Françoise et la plus grande (née en 1924)


      Les petits : Pascal Tribout, Gérard, Jean-Pierre et Marie-Jo Germain, Nicole Tertois et les ainés Durieux


      Françoise aurait aimé que Roger écrive "Chazelles vu par les grands"


      Les aquarelles sont de Françoise.


Généalogie succincte :


Tribout Philippe 17/04/1846   Lallier Anne-Marie 1879 puis Tribout Pauline 1887


Renaudin Alphonse    Tribout Louise  

André Germain             Tribout Marcelle
Raoul Tertois                Tribout Marguerite
Tribout Georges           Claude Hélène

Pierre Tertois                Decahagne Yvette
Roger Tertois                Ducatteau Micheline
Claude Tertois              Liger Marie-Hélène Mylène

Iwens Michel                 Tribout Françoise
Tribout Etienne              Scheitwez Nadine
Tribout Marc                   Dhome Simone                
Tribout Denis                 Leblanc Marcelle
Tribout Pascal                De la Grange Martine

Germain François        
Flaneret Marie-France
Kunmunch Bernard      Anne Germain

Germain Gérard            Weber Christine

Germain Claude           Remusat Marie-Dominique

Germain Jean-Pierre   De Montalbert Bernadette


Durieux Paul                 Renaudin Elmée


Berger Michel               Tertois Nicole


Tertois Olivier                Cavaillés Janine
Tertois Emmanuel       Tabutin Michèle        ?  Claudine

Vigouroux Bernard       Tertois Florence

Moreau Jean-Paul        Tertois Isabelle
Tertois Christophe       ? Françoise
Tertois Pascal                Slaterry Gillian
Tertois Nicolas               Siard Odile

Par Tertois Olivier - Publié dans : Chazelles3
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Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /Jan /2009 16:58

ROGER TERTOIS

Texte écrit en réponse à une demande de Thomas Tertois à sa grand-mère

Son grand père paternel Philippe Tribout né le 17 avril 1846, architecte à construit un temple et un pont à Metz ainsi que la gare du Nord à Paris.

Il avait trois résidences à Metz place du Saulcy, la belle maison de Chazelles « propriété en face de celle de Robert Schuman ministre et un des pères de l’Europe, dont la maison est devenue un musée » et un hôtel particulier prés de l’église Saint Laurent (je crois) prés de la gare de l’est.

La maison de Bagneux (45 rue de Paris) devait aussi lui appartenir car Roger disait qu’il y venait en week-end en voiture à cheval et qu’il y avait plus de 2 de heures de route. Il a hérité d’un oncle fort riche qui était Ferronnier d’art (il a construit les entrées du métro "Art déco". C’est peut être lui et non Philippe Tribout qui a construit la gare du nord). Aussi il est devenu rentier très jeune environ 35 ans; avec toute sa famille et leurs domestiques ils partaient « prendre les eaux ».

Ton arrière grand mère Marguerite Tribout avait un domestique qui la suivait pour porter son cartable et quand elle allait dans les magasins c’est la femme de chambre qui portait les paquets. Il a eu 2 filles d’un premier mariage Louise Renaudin (les Durieux) et Marguerite Tertois née le 17 mai 1883 appelée Badite, sa femme est morte en couche (non peut-être de la phtisie); remarié avec une cousine de sa femme sont nés Hermance 1889 appelée Péchu un enfant mort à quelques mois, Georges (futur architecte) et Marcelle Germain appelée tante Lotte.

Son arrière grand père Tertois était arpenteur puis vérificateur des poids et mesures, son fils Ferdinand Tertois était instituteur comme sa femme à Champosout commune de Camembert, l’école était à côté du cimetière si bien que Roger disait que son père était né dans un cimetière; nous y sommes allés c’est vrai et de plus dans ce cimetière est enterrée Marie Harel qui a inventé le fameux fromage camembert. Ils ont eut 3 enfants Savinien Alcide Raoul qui a toujours été appelé Raoul Tertois, le père de Roger ton grand-père né le 20 avril 1878, Irène institutrice en primaire et Yvonne agrégée de Math; toutes deux célibataires.

Raoul Tertois et Marguerite Tribout se sont mariés en 1909 au mois de juillet à Chazelles ils ont eut 3 fils Pierre avril 1910 appelé Pellot (père de Nicole Berger), Roger 9 août 1914 à (père de 9 enfants) et Claude juillet 1921 (père de 2 fils et 1 fille).

Raoul était médecin à Bagneux, il faisait ses visites en voiture à cheval, puis il a eu une auto et a vendu un bout de terrain à un ouvrier mécanicien Mr Pigale qui habitant ainsi à côté, tous les jours il révisait la voiture. A 7 où 8 ans Roger l’accompagnait et il conduisait, dés qu’il y avait une route à traverser Roger descendait ainsi que son père car la roue de secours était le long de la porte du passager et on ne pouvait pas l’ouvrir! La route traversée Roger reprenait le volant. Ceci afin de vérifier si la route était libre.

Raoul faisait aussi bien les accouchements, la petite chirurgie et même arracher des dents. Un jour une femme d’alcoolique est venue, Roger la reçoit, elle lui dit ton père doit venir très vite à la maison car mon mec vient encore de faire une crise de derrière trop mince!(delirium tremens). Raoul est mort fin 1943, je ne l’ai pas connu.


Roger Tertois

Né au début de la guerre de 1914 le 9 août, d’abord réfugié à Landerneau en Bretagne. Étude à Bagneux et à Sceaux  où il a remporté pleins de médailles sportives surtout en course (Quand Olivier à notre retour d’Algérie était élève au lycée Lakanal son père figurait toujours sur les tableaux). Ensuite il est allée à Albert Demain jusqu’au bac. Il a fait une école d’électricité et a travaillé chez Thomson.

Là pendant la guerre début 1943, un jour il a été appelé dans le bureau du patron où se trouvaient 2 SS de la gestapo et on lui dit vous devait partir en Allemagne vous où monsieur X père de 4 enfants. Roger est parti et déjà dans le train il se disait qu’il aurait du se cacher. Arrivé en Allemagne comme il parlait allemand il a constaté qu’on triait les arrivants :

 Etes-vous payé à l’heure ou au mois ?

 Que savez vous faire ? Etc.

Roger à dit qu’il ne savait rien faire manuellement et s’est mis à le leur expliquer en allemand, si bien qu’il s’est retrouvé à la Téléphoken dans des bureaux où il partait librement jusqu’au jour où une employée lui a dit untel vient dans notre bureau c’est un nazi faites attention à ce que vous dites. Une autre fois c’était la fête au bureau pour le Xème anniversaire de la fondation de la société et on offrait des cadeaux aux employés on lui a offert un livre sur la Lorraine allemande (Roger se disait Lorrain comme la famille de sa mère) il a refusé le livre disant qu’il n’y avait qu’une Lorraine la "Lorraine française". Il pensait que beaucoup n’avait pas compris son geste.

Pendant son séjour il était logé dans des baraquements mais libre de ses mouvements, parfois avec des copains parlant allemand ils allaient dans des restaurants «interdits aux étrangers et aux juifs», ne parlant français qu’à la fin du repas, une fois ils ont été expulsés et n’ont même pas payé. Ils ont cessaient ce petit jeu qui aurait pu devenir dangereux. Un jour un allemand lui a demandé son chemin, comme il partait il fait demi tour pour lui demander de quel province il était ? Il a répondu de Paris.

Roger a subi 52 bombardements à Berlin, c’était surtout des bombes incendiaires si bien que les façades restaient debout mais tout l’intérieur était brûlé. Je crois que fin novembre 1943 son père Raoul est décédé, plusieurs jours après le télégramme lui est parvenu, il est allé à la comandanture, là on lui a dit votre père est sûrement enterré pas de permission, en discutant il a parlé de problèmes d’héritage et il a obtenu ses papiers, il a même aidé 3 ou 4 français qui ne parlant pas allemand n’auraient pas pu avoir de permission.

Enfin il rentra à Bagneux et le soir même on sonna à la porte, son frère Claude 22 ans va ouvrir et revient revolver dans le dos accompagné de 2 ou 3 types réclamant du fric, Roger leur a dit «mon père vient de mourir tout est bloqué et mettant sa main dans sa poche "geste dangereux" leur a sorti des marks allemands, c’est tout ce que j’aie je rentre d’Allemagne prenez les. L’un dit à l’autre as-tu bien coupé le téléphone ? Roger répliqua vous êtes des clients de mon frère dentiste (le téléphone étant dans le mur bien caché ainsi pendant que Pellot travaillait on pouvait répondrez du couloir). Allez partez.

Ma belle mère et Nicole 7 ans étaient présentes et Claude ne pensait qu’à une chose cacher au maximum le poêle à bois (c’était la guerre pas de chauffage) il avait peur que les voleurs ne brûlent les pieds de sa petite nièce pour la faire parler ! La mère de ma belle mère venant de mourir toute l’argenterie et les bijoux de famille était dans un coffre-fort caché dans la penderie de ma belle mère en attendant le partage.

A la fin de sa permission Roger est parti se cacher à Alençon où s’était réfugié sa famille de Metz pour s’éloigner des allemands (Ils avaient subi l’occupation allemande de 1870 à 1914 et en avaient beaucoup souffert). Ils ne se doutaient pas qu’il y aurait le débarquement en Normandie.

Voilà Roger à Alençon Les tantes Louise Renaudin et Péchu Tribout habitaient prés de la gare et la maison voisine était habitée par les Durieux (Elmée Durieux était la fille de Louise Renaudin). Les jardins communiquaient si bien que lorsqu’on sonnait Roger changeait de maison, il dormait dans une mansarde et le jour on ne pouvait pas voir que quelqu’un y logeait ; quelques semaines après il a eu des papiers d’identité et a pu sortir, il avait même plusieurs cartes d’identité qu’il cachait sous les tuiles du toit.

La préfecture lui avait donné un petit emploi, ensuite son cousin Paul Durieux (ancien X conservateur des eaux et forets) lui a trouvé un travail plus intéressant à la production forestière. C’était l’époque des premiers bombardements. Ce jour-là les Durieux déjà 6 enfants (9 en tout) ne trouvaient plus un enfant, ayant tellement peur il s’était mis sous le matelas de la voiture d’enfant. Roger leur a dit quittez Alençon, les Américain vont revenir, Ils ont eu une belle maison bourgeoisie par le propriétaire du château de Montigny «lui aussi conservateur des eaux et forets» à côté du château, c’est là qu’est né Bruno Durieux filleul de Roger qui fut ministre de la santé sous le gouvernement de Michel Rocard (1990 1993).

Il s’est engagé dans la défense passive parce qu’un cousin lui a dit qu’il manquait un quatrième pour jouer de bridge quand ils étaient de garde.

La suite sera avec moi.

Fait le vendredi 13 janvier 2006 à Hauterive.


MICHELINE DUCATTEAU

Mon arrière grand père Henri Ducatteau né vers 1840 était industriel dans le textile à Roubaix. Il était très ingénieux et aurait inventé le tissu éponge, il a même reçu une très belle sculpture en bronze en cadeau qui est pour mon neveu Bernard Ducatteau.

Il a eu 3 enfants Henri Sophie et Léon. Mon grand père Henri Ducatteau (s’appelait Henri car comme fils aîné il devait succéder à son père). Il est né en 1866 et mort en 1941. Il était industriel et fabriquait de jolis tissus fantaisies pour gilets. Il habitait une grande maison au centre de Roubaix. Je n’ai pas connu ma grand-mère décédée en 1925 quand j’étais toute petite. Ils ont eu 4 enfants Louis mon père Marie Louise dont le mari Jacques Vittrant a fait fortune à Calais, il avait un bureau d’étude où avec une dizaine de dessinateurs il concevait des machines automatiques qui fabriquaient les premières dentelles industrielles (la dentelle était très chère et à la mode, dentelle d’Alençon de Chantilly etc. ) puis Henri ophtalmologiste à Douai, il avait sa propre clinique dans la maison voisine de la sienne à Douai et Maurice père du Saint Esprit qui a été tué fin 1915 pendant la 1ère guerre mondiale.

Mon grand était poète, j’ai un beau poème écrit pour le 1er anniversaire de la mort de son fils. J’ai aussi un petit meuble lui appartenant, il était conçu pour contenir un des premiers gramophones Avec un énorme pavillon, hélas disparu.

Mon arrière grand-père maternel s’appelait Hennion mais je ne sais rien sur lui. Mon grand père Alphonse Hennion né le 28 septembre 1861 à Tourcoing était contre maître dans une filature à Tourcoing. Sa femme Aimée Maret née en 1867 est décédée en 1948. Ils ont été fiancés 7 ans (durée du service militaire). Aimée était contre maîtresse dans la même filature à Tourcoing (agglomération de Lille Roubaix Tourcoing).

Ils ont eu 2 enfants Gabrielle Hennion née le 10 janvier 1889. Elle a épousé Louis Ducatteau né le 4 avril 1889, ils avaient tous les deux 23 ans. (Maman était amie avec Marie Louise Ducatteau). Leur fils Michel Hennion était prêtre et professeur de français latin grec. Vers 45 ans il a été nommé curé à Armentières (ville où est née Line Renaud).  Puis curé à Croix à côté de Roubaix. Michel Hennion était au séminaire avec Maurice Ducatteau. Mon père était beau garçon et je crois un peu coureur, ce qui navrait son père.

On lui a fait rencontrer Gabrielle Hennion, belle jeune fille réservée qui avait reçue une très bonne éducation au pensionnats Notre Dame des anges, elle était d’un milieu plus modeste. Elle avait son Brevet supérieur; presque l’équivalent du bac à une époque ou on arrêtait ses études après le certificat d’étude, surtout les filles.

Louis Ducatteau et Gabrielle Hennion se sont mariés en janvier 1912 à Tourcoing. Papa a monté à Arras une entreprise qui commercialisait les tissus fantaisies pour gilets fabriqués par son père et très à la mode à cette époque.

La guerre de 1914 a débuté le 4 août. Papa est parti et à été très grièvement blessé au chemin des dames fin 1914 et laissé pour mort. Les allemands l’ont ramassé, il était prisonnier. Cela lui a peut être sauvé la vie, la médecine allemande était plus performante à ce moment là. Papa était pleins d’éclats d’obus, un lui avait traversé le ventre et bousillé un rein.

Ma mère enceinte de Gérard a été prévenue; elle a traversé les lignes ennemies en se cachant. Elle a pu arriver dans la ville où les grands blessés devaient être hospitalisés. Elle allait à la gare à tous les trains et a retrouvé son Louis, mais en piteux état, sur un brancard. Maman ne savait pas où les allemands l’avaient transporté. Elle est allée voir les allemands et à sa grande honte un officier l’a emmené en voiture à cheval faire le tour des hôpitaux.

Elle l’a retrouvé. Papa a été emmené en Allemagne. Environ un an après, Gérard était né mais ne marchait pas. La grande Duchesse de Bâle en Suisse a demandée aux allemands de lui envoyer des grands blessés prisonniers. Mon père est parti en Suisse. Il a fait des démarches, maman a pu le rejoindre; (elle s’était engagée dans la croix rouge comme infirmière, j’ai dans ma vitrine des médailles de cette époque).

Maman a pu le rejoindre avec 4 enfants, mon frère Gérard 1 an, sa nièce Maryse Vittrant «car dans le Nord il n’y avait rien à manger» 4 ans et son frère son neveu Jacques 3 ans ainsi qu'une petite cousine un peu plus âgée sourde et muette (qui plus tard lisait sur les lèvres et parlait d’une voix rauque).

En arrivant à Chafouse en Suisse maman fut fascinée par les devantures des charcuteries pleines comme avant guerre. Avec papa ils se sont installés au Diableret, Gérard y a fait ses premiers pas et connu son père, il en était jaloux. Maryse et Jacques y étaient aussi (photos). Mon père s’est occupé de cinéma, ses déplacements lui ont permis de faire du contre espionnages (j’ai quelques documents ainsi que des laissez passer de maman).

Ils sont rentrés à Arras la guerre terminée. Mon père a eu une entreprise de papiers peints à Paris. Francis est né le 7 mars 1921 (après des études à Stanislas et à Henri IV il a été reçu entre autre aux mines et à central. Envoyé par le STO aux mines de Lens; il a pu me faire descendre au fond de la mine, je suis remontée les poches pleines de fossiles qui sont restés en Algérie).

Moi, Micheline je suis née le 8 décembre 1923 à Paris XIVème, étude à Notre Dame de Sion (où la comtesse de Paris était élève en 1ère et moi au jardin d’enfants, classe précédant le primaire, une grande élève était chargée de nous, on l’appelait notre ange, la notre était la comtesse de Paris). Dans ma classe il y avait Micheline Sachagne, très drôle qui est devenue Micheline Presle actrice connue).

Mon père est entré dans les assurances à l’Urbaine vie (AXA). En 1939 papa a été mobilisé, il était capitaine du train dans la drome où il organisait le trafic ferroviaire militaire, nous étions à Saint-Quay en vacance en Bretagne; nous y sommes restés jusqu’à ce qu’on trouve pour Francis une école préparant l’entrée aux grandes écoles.

Stanislas devait s’installer au château d’Ô (où nous avons fêté nos noces d’or).Toutes les grandes écoles ont fui Paris, finalement le lycée Henri IV est venu à Alençon; pas de logements à Alençon mais les habitants accueillants on fait de la place aux réfugiés. Le ravitaillement était difficile, nous avions des cartes d’alimentation de pain, viande, matière grasse; on manquait de tout si bien que mon père à perdu 30kg.

Mais par rapport à Paris nous étions gâtés car on pouvait se procurer un demi mouton ou porc et on envoyait pleins de colis aux parisiens. Je me souviens des queues immenses à la poste. Pas d’essence papa faisait tout à vélo et en train, on devait cacher les voitures car elles étaient réquisitionnées.

A cette époque j’étais en seconde. L’été 1940 les troupes allemandes envahissaient la Belgique puis la France à toute allure. Se souvenant des atrocités et du manque de nourriture, les Belges puis les gens du Nord quittaient tout et se lançaient sur les routes en voiture vélo charrette tracteur avec des matelas fixés sur le toit des voitures. C’était un convoi ininterrompu. Comme tous nous avons suivi, Francis avait son permis que nous pouvions passer dés 16 ans (les hommes étant mobilisés).

Parfois les avions allemands mitraillaient les files de voitures, on s’aplatissait dans les fossés attendant qu’ils soient partis. Quand il y avait de l’essence les queues étaient impressionnantes. C’était la dure réalité de l’exode. J’avais un chat Kita à une escale à Saoin sur Gardampe il s’est sauvé dans un arbre, finalement on n’a pas pu le rattraper (dans ce village on pouvait voir dans l’église une magnifique fresque du moyen âge, restauré depuis).

On dormait dans des granges ou bâtiments où il y avait de la vermine surtout des poux. Nous sommes arrivés à Charroux et là les allemands nous ont rattrapé, Nous nous sommes installés à Charroux, Je ne sortais qu’avec Maman à cause des soldats qui campaient dans la prairie sous nos fenêtres. Ce fut l’armistice, finalement nous étions à quelques kilomètres de la zone libre.

Mon père n’était pas prisonnier, sachant où nous étions il a pu arriver prés de Charroux et un monsieur Dudognon a pu le faire passer en zone occupée, c’était encore facile à ce moment là si on connaissait la région. De retour à Alençon, la maison avait été occupée par des allemands, beaucoup de choses avaient disparu. Dans le salon sur la table louis XVI il y avait mis ma photo et un bouquet de fleurs fanées !

Mes parents ont trouvé des immondices que je n’ai pas vus. Ils m’ont volée mes deux ou trois grands albums de cartes postales, certaines de la guerre de 1914 et toute ma collection de cartes de la Sainte Catherine. Avant guerre on envoyait aux filles avant leurs 25 ans, des très jolies cartes  pour cette fête.

Mon frère Gérard a été prisonnier et a pu s’échapper presque aussitôt. Il essayait de remonter vers Alençon marchant la nuit; il a été repris à 10 km de la maison. Prisonnier à la caserne Valazé (depuis peu restauré, par le conseil régional de l’Orne).

Gérard n’a pas voulu s’évader de peur de représailles pour nous. Les prisonniers ayant des poux étaient conduits à l’hôpital sous bonne garde et les sœurs mettaient une salle à la disposition des familles où on voyait nos prisonniers librement. Grâce à cela papa et Gérard ont préparé une évasion possible «Argent carte d’identité tickets d’alimentation etc.. ».

J’ai un très mauvais souvenir de l’hiver 1940 particulièrement froid; j’allais à vélo à 7 heure du matin à la caserne à environ 4 km de la maison porter des colis à Gérard, les allemands ouvraient nos colis et coupaient tout pour voir s’il n’y avait rien de caché dedans. «Inconsciente un jour voyant Gérard à la fenêtre du toit, il dormait dans un hamac dans ce grenier, pour lui parler je me suis mise à faire du sémaphore dans la rue, appris au scout et guide de France ».

Gérard est parti en Allemagne dans des wagons à bestiaux; il a démonté la plaque fermant une petite ouverture tout en haut, à la nuit tombante prés de la Loire, il est sorti et là suspendu dans le vide il a sauté, pourtant il savait qu’au milieu et a la fin du convoi se trouvait des plateformes avec des allemands et des mitrailleuses. Mon frère n’a pas été atteint. Il a pu rejoindre la Loire la traverser ainsi passer la ligne de démarcation, il était en zone libre.

Par Tertois Olivier - Publié dans : Avant Guerre par Micheline Tertois 1
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