MICHELINE DUCATTEAU
Mon arrière grand père Henri Ducatteau né vers 1840 était industriel dans le textile à Roubaix. Il était très ingénieux et aurait inventé le tissu éponge, il a même reçu une très belle sculpture en bronze en cadeau qui est pour mon neveu Bernard Ducatteau.
Il a eu 3 enfants Henri Sophie et Léon. Mon grand père Henri Ducatteau (s’appelait Henri car comme fils aîné il devait succéder à son père). Il est né en 1866 et mort en 1941. Il était industriel et fabriquait de jolis tissus fantaisies pour gilets. Il habitait une grande maison au centre de Roubaix. Je n’ai pas connu ma grand-mère décédée en 1925 quand j’étais toute petite. Ils ont eu 4 enfants Louis mon père Marie Louise dont le mari Jacques Vittrant a fait fortune à Calais, il avait un bureau d’étude où avec une dizaine de dessinateurs il concevait des machines automatiques qui fabriquaient les premières dentelles industrielles (la dentelle était très chère et à la mode, dentelle d’Alençon de Chantilly etc. ) puis Henri ophtalmologiste à Douai, il avait sa propre clinique dans la maison voisine de la sienne à Douai et Maurice père du Saint Esprit qui a été tué fin 1915 pendant la 1ère guerre mondiale.
Mon grand était poète, j’ai un beau poème écrit pour le 1er anniversaire de la mort de son fils. J’ai aussi un petit meuble lui appartenant, il était conçu pour contenir un des premiers gramophones Avec un énorme pavillon, hélas disparu.
Mon arrière grand-père maternel s’appelait Hennion mais je ne sais rien sur lui. Mon grand père Alphonse Hennion né le 28 septembre 1861 à Tourcoing était contre maître dans une filature à Tourcoing. Sa femme Aimée Maret née en 1867 est décédée en 1948. Ils ont été fiancés 7 ans (durée du service militaire). Aimée était contre maîtresse dans la même filature à Tourcoing (agglomération de Lille Roubaix Tourcoing).
Ils ont eu 2 enfants Gabrielle Hennion née le 10 janvier 1889. Elle a épousé Louis Ducatteau né le 4 avril 1889, ils avaient tous les deux 23 ans. (Maman était amie avec Marie Louise Ducatteau). Leur fils Michel Hennion était prêtre et professeur de français latin grec. Vers 45 ans il a été nommé curé à Armentières (ville où est née Line Renaud). Puis curé à Croix à côté de Roubaix. Michel Hennion était au séminaire avec Maurice Ducatteau. Mon père était beau garçon et je crois un peu coureur, ce qui navrait son père.
On lui a fait rencontrer Gabrielle Hennion, belle jeune fille réservée qui avait reçue une très bonne éducation au pensionnats Notre Dame des anges, elle était d’un milieu plus modeste. Elle avait son Brevet supérieur; presque l’équivalent du bac à une époque ou on arrêtait ses études après le certificat d’étude, surtout les filles.
Louis Ducatteau et Gabrielle Hennion se sont mariés en janvier 1912 à Tourcoing. Papa a monté à Arras une entreprise qui commercialisait les tissus fantaisies pour gilets fabriqués par son père et très à la mode à cette époque.
La guerre de 1914 a débuté le 4 août. Papa est parti et à été très grièvement blessé au chemin des dames fin 1914 et laissé pour mort. Les allemands l’ont ramassé, il était prisonnier. Cela lui a peut être sauvé la vie, la médecine allemande était plus performante à ce moment là. Papa était pleins d’éclats d’obus, un lui avait traversé le ventre et bousillé un rein.
Ma mère enceinte de Gérard a été prévenue; elle a traversé les lignes ennemies en se cachant. Elle a pu arriver dans la ville où les grands blessés devaient être hospitalisés. Elle allait à la gare à tous les trains et a retrouvé son Louis, mais en piteux état, sur un brancard. Maman ne savait pas où les allemands l’avaient transporté. Elle est allée voir les allemands et à sa grande honte un officier l’a emmené en voiture à cheval faire le tour des hôpitaux.
Elle l’a retrouvé. Papa a été emmené en Allemagne. Environ un an après, Gérard était né mais ne marchait pas. La grande Duchesse de Bâle en Suisse a demandée aux allemands de lui envoyer des grands blessés prisonniers. Mon père est parti en Suisse. Il a fait des démarches, maman a pu le rejoindre; (elle s’était engagée dans la croix rouge comme infirmière, j’ai dans ma vitrine des médailles de cette époque).
Maman a pu le rejoindre avec 4 enfants, mon frère Gérard 1 an, sa nièce Maryse Vittrant «car dans le Nord il n’y avait rien à manger» 4 ans et son frère son neveu Jacques 3 ans ainsi qu'une petite cousine un peu plus âgée sourde et muette (qui plus tard lisait sur les lèvres et parlait d’une voix rauque).
En arrivant à Chafouse en Suisse maman fut fascinée par les devantures des charcuteries pleines comme avant guerre. Avec papa ils se sont installés au Diableret, Gérard y a fait ses premiers pas et connu son père, il en était jaloux. Maryse et Jacques y étaient aussi (photos). Mon père s’est occupé de cinéma, ses déplacements lui ont permis de faire du contre espionnages (j’ai quelques documents ainsi que des laissez passer de maman).
Ils sont rentrés à Arras la guerre terminée. Mon père a eu une entreprise de papiers peints à Paris. Francis est né le 7 mars 1921 (après des études à Stanislas et à Henri IV il a été reçu entre autre aux mines et à central. Envoyé par le STO aux mines de Lens; il a pu me faire descendre au fond de la mine, je suis remontée les poches pleines de fossiles qui sont restés en Algérie).
Moi, Micheline je suis née le 8 décembre 1923 à Paris XIVème, étude à Notre Dame de Sion (où la comtesse de Paris était élève en 1ère et moi au jardin d’enfants, classe précédant le primaire, une grande élève était chargée de nous, on l’appelait notre ange, la notre était la comtesse de Paris). Dans ma classe il y avait Micheline Sachagne, très drôle qui est devenue Micheline Presle actrice connue).
Mon père est entré dans les assurances à l’Urbaine vie (AXA). En 1939 papa a été mobilisé, il était capitaine du train dans la drome où il organisait le trafic ferroviaire militaire, nous étions à Saint-Quay en vacance en Bretagne; nous y sommes restés jusqu’à ce qu’on trouve pour Francis une école préparant l’entrée aux grandes écoles.
Stanislas devait s’installer au château d’Ô (où nous avons fêté nos noces d’or).Toutes les grandes écoles ont fui Paris, finalement le lycée Henri IV est venu à Alençon; pas de logements à Alençon mais les habitants accueillants on fait de la place aux réfugiés. Le ravitaillement était difficile, nous avions des cartes d’alimentation de pain, viande, matière grasse; on manquait de tout si bien que mon père à perdu 30kg.
Mais par rapport à Paris nous étions gâtés car on pouvait se procurer un demi mouton ou porc et on envoyait pleins de colis aux parisiens. Je me souviens des queues immenses à la poste. Pas d’essence papa faisait tout à vélo et en train, on devait cacher les voitures car elles étaient réquisitionnées.
A cette époque j’étais en seconde. L’été 1940 les troupes allemandes envahissaient la Belgique puis la France à toute allure. Se souvenant des atrocités et du manque de nourriture, les Belges puis les gens du Nord quittaient tout et se lançaient sur les routes en voiture vélo charrette tracteur avec des matelas fixés sur le toit des voitures. C’était un convoi ininterrompu. Comme tous nous avons suivi, Francis avait son permis que nous pouvions passer dés 16 ans (les hommes étant mobilisés).
Parfois les avions allemands mitraillaient les files de voitures, on s’aplatissait dans les fossés attendant qu’ils soient partis. Quand il y avait de l’essence les queues étaient impressionnantes. C’était la dure réalité de l’exode. J’avais un chat Kita à une escale à Saoin sur Gardampe il s’est sauvé dans un arbre, finalement on n’a pas pu le rattraper (dans ce village on pouvait voir dans l’église une magnifique fresque du moyen âge, restauré depuis).
On dormait dans des granges ou bâtiments où il y avait de la vermine surtout des poux. Nous sommes arrivés à Charroux et là les allemands nous ont rattrapé, Nous nous sommes installés à Charroux, Je ne sortais qu’avec Maman à cause des soldats qui campaient dans la prairie sous nos fenêtres. Ce fut l’armistice, finalement nous étions à quelques kilomètres de la zone libre.
Mon père n’était pas prisonnier, sachant où nous étions il a pu arriver prés de Charroux et un monsieur Dudognon a pu le faire passer en zone occupée, c’était encore facile à ce moment là si on connaissait la région. De retour à Alençon, la maison avait été occupée par des allemands, beaucoup de choses avaient disparu. Dans le salon sur la table louis XVI il y avait mis ma photo et un bouquet de fleurs fanées !
Mes parents ont trouvé des immondices que je n’ai pas vus. Ils m’ont volée mes deux ou trois grands albums de cartes postales, certaines de la guerre de 1914 et toute ma collection de cartes de la Sainte Catherine. Avant guerre on envoyait aux filles avant leurs 25 ans, des très jolies cartes pour cette fête.
Mon frère Gérard a été prisonnier et a pu s’échapper presque aussitôt. Il essayait de remonter vers Alençon marchant la nuit; il a été repris à 10 km de la maison. Prisonnier à la caserne Valazé (depuis peu restauré, par le conseil régional de l’Orne).
Gérard n’a pas voulu s’évader de peur de représailles pour nous. Les prisonniers ayant des poux étaient conduits à l’hôpital sous bonne garde et les sœurs mettaient une salle à la disposition des familles où on voyait nos prisonniers librement. Grâce à cela papa et Gérard ont préparé une évasion possible «Argent carte d’identité tickets d’alimentation etc.. ».
J’ai un très mauvais souvenir de l’hiver 1940 particulièrement froid; j’allais à vélo à 7 heure du matin à la caserne à environ 4 km de la maison porter des colis à Gérard, les allemands ouvraient nos colis et coupaient tout pour voir s’il n’y avait rien de caché dedans. «Inconsciente un jour voyant Gérard à la fenêtre du toit, il dormait dans un hamac dans ce grenier, pour lui parler je me suis mise à faire du sémaphore dans la rue, appris au scout et guide de France ».
Gérard est parti en Allemagne dans des wagons à bestiaux; il a démonté la plaque fermant une petite ouverture tout en haut, à la nuit tombante prés de la Loire, il est sorti et là suspendu dans le vide il a sauté, pourtant il savait qu’au milieu et a la fin du convoi se trouvait des plateformes avec des allemands et des mitrailleuses. Mon frère n’a pas été atteint. Il a pu rejoindre la Loire la traverser ainsi passer la ligne de démarcation, il était en zone libre.
Micheline Ducatteau
J’ai déjà parlé de la vie de mes parents. J’étais guide aînée et cheftaine de louveteaux dans le quartier de Montsort. Cela m’a permis de faire des tas de choses intéressantes. Des camps, parfois volants, nous nous déplacions sac au dos. Cette période fut riche en expériences et a affermi profondément ma foi.
J’étais élève infirmière, je fus réquisitionnée au moment des bombardements. Pour la nuit à cause des bombardements les gens partaient pour les environs; nous avons dormi au presbytère d’Arçonnay. Les allemands avaient réquisitionné l’hôpital.
En ambulance, voiture, voiture à cheval, tracteur et aussi à pied, nous avons du vider l’hôpital et transporter les malades dans les salons des châteaux, transformés en salle d’hôpital. Les infirmières dormaient dans des granges. Les malades les moins atteints retournaient chez eux.
Mon travail principal a été d’aller les soigner chez eux. J’avais un laissez passé allemand. (Je l’ai encore et un livre écrit par madame Déchamp qui raconte cette période, mon nom y figure ainsi que celui de Gérard Germain, cousin germain de Roger; un autre cousin Michel Germain 23 ans résistant, plus tard pilote de chasse puis plus tard général d’aviation et attaché militaire aux Indes et à Moscou).
La nuit du 19 au 20 août1945, j’étais avec mes parents dans notre maison rue du Mans «l’évêque de Sées avait loué aux réfugiés les maisons vidées par la mobilisation, c’était l’aumônerie des petites sœurs des pauvres». La nuit du 19 août, le canon a retenti toute la nuit, nous sommes descendus à la cave, comme les tirs se rapprochaient dangereusement, nous sommes allés dans la tranchée que papa avait creusée dans le jardin.
Après de longues heures, nous avons entendu pleins de bruits sur la route mais plus de tirs. C’était l’armée française du général Leclerc qui libérait Alençon, à l’aube du 20 Août 1944, première ville française libérée par des soldats Français. Le général Leclerc y avait une tante madame de Hautecloque. Nous avons passés la fin de la nuit à faire du café avec de l’erzat à base d’orge grillée; ensuite avec du vrai café donné par les soldats.
Ils nous ont donnés du chocolat et des cigarettes, introuvable pendant l’occupation. C’était la joie, le délire. Les soldats ont installé un pipe line quelques temps après il a crevé, un champs tout prés était inondé d’un liquide rose. Tous les habitants venaient récupérer de l’essence. Les vapeurs nous rendaient un peu saoul, de plus les semelles de mes chaussures ont été bousillées; ce jour là, je n’avais pas mis mes chaussures à semelles de bois qui pour donner un peu de souplesse étaient fendues une fois à droite, une fois à gauche tous les centimètres. Cela se passait un mois après que Roger m’ait demandé en mariage. Après c’est une autre histoire….
Thomas, voici la réponse à la première question de ton email.
En 1940 à l’armistice nous étions catastrophés et beaucoup pensaient que le maréchal Pétain, un des sauveurs de la France à la guerre 14/18pouvait la sauver à nouveau. La devise qu’il donnait à la zone libre «TRAVAIL FAMILLE PATRIE» était alléchante et son emblème la francisque; on croyait que Pétain saurait résister aux allemands. Puis il y a eu entre autre cette poignée de main avec Hitler et l'envoi de soldats français pour combattre les russes avec les « boche » était impensable (même si à l’époque on pensait que l’ennemi N°1 était le communisme). Puis il y a eu Laval qui n’était pas aimé et sa honteuse milice. (Je n’avais que 17 ans et pas évoluée comme les jeunes de 2006).
Très vite nous nous sommes tournés vers le général de Gaule et la France libre et à son message d’espoir (beaucoup essayaient de se rendre en zone libre puis en Espagne pour rejoindre l’Angleterre). Nous étions suspendus à la radio « pan pan pan pan ici Londres les français parlent aux français». Personnellement j’ai cru très vite en de Gaule pour des raisons affectives car je connaissais sa fille Elisabeth qui était dans ma classe et aussi sa mère et sa sœur handicapée car plusieurs fois Madame de Gaule m’a gardée aux jardin du Luxembourg avec sa dernière fille dans une poussette.
Philippe de Gaule était lui à Stanislas avec mon frère Francis. L’appel du 18 juin, je ne l’ai pas entendu en direct car l’exode nous avaient emmené loin de chez nous et sous étions inquiets pour Gérard et Papa. Mais radio Londres nous le rediffusait souvent et malgré le brouillage affreux des allemands nous arrivions à entendre.
Réponse à la deuxième question.
Je n’étais qu’élève infirmière je faisais des stages à l’hôpital (j’ai particulièrement aimé celui en chirurgie et en maternité), J’en ai fait un dans une pouponnière tenue par une sage femme remarquable madame Né qui plus tard à ouvert une petite maternité (elle à mis au monde Olivier et Emmanuel) où je suis allée jusqu’à mon mariage bénévolement aider le dimanche matin. J’allais à la messe de 7 heures puis à la pouponnière jusqu’à midi sauf les dimanches où nous faisions une sortie avec mes louveteaux où avec les guides aînées «scouts de France». Au moment des bombardements j’ai été réquisitionnée au dispensaire, puis affectée à un PC. Roger y était aussi.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Papa, Claude, Bonne maman, Pelot
Derniers Commentaires