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Le dimanche était bien sûr un jour exceptionnel. Il fallait s’habiller "en Dimanche", et la maison retentissait des appels des mères pour se préparer à aller à la messe. Mes frères et moi ainsi que certains cousins étions souvent en costume marin blanc ou à fines rayures. Je nous trouvais très chics.
Je sens encore le contact de certaines petites sandales en toile blanche à boutons. Passées au blanc d’Espagne. Maman me les mettait encore un peu mouillées car nous étions en retard. Elles étaient donc encore grises quand je les enfilais, mais en séchant elles devenaient blanches et un peu dures aux pieds.
On pouvait aller à la messe à deux endroits, soit à la chapelle fortifiée tout près de la maison, soit à Sey, à un kilomètre de Chazelles. A la chapelle fortifiée, la messe était très longue mais de bonne heure, si bien qu’on pouvait aller se baigner ensuite. Cette messe m’ennuyait sauf le moment où l’on passait une corbeille en osier pour les pains bénits tout brillants.
Quelquefois les "petites Michèle" pensionnaires d’une maison qui se trouvait en face de la nôtre, assistaient à cette messe. Elles ne devaient jamais tourner le dos à l’autel, ainsi regagnaient-elles leurs places, après la communion, en marchant à reculons Il en était de même à la sortie de l’église.
La grand messe chantée à Sey était, elle plus tardive. Grand-mère et certains y arrivaient en voiture. Les enfants grimpaient par le raccourci bien raide. Je revois devant l’église le groupe des hommes du village qui n’entraient que lorsque la messe était bel et bien commencée. Nous avions quelques bancs réservés pour la famille, deux je crois, dans le haut de l’église, coté épître. Nous posions nos pieds sur de longues planches étroites et branlantes qui se renversaient souvent à cause de notre agitation, en faisant un bruit de tonnerre dans l’église, et comme par hasard au milieu du sermon ou au moment de l’élévation.
J’ai rarement vu mes grands cousins avec moi ils devaient s’éparpiller dans l’église ou peut-être ne pas venir du tout…. !
A la messe, j’adorais chanter le "Credo" que l’on chantait très fort, très lentement, très faux, avec un accent lorrain particulièrement sensible ; l’assistance répondait à la chorale qui se tenait à la tribune. Je faisais souvent la "seconde" avec mes frères, il me semble que mes cousins chantaient un peu faux. Etienne dit un jour à Lala : "Tu chantes pas, tu racontes ! " Les plus beaux cantiques étaient à mon goût : "
"Dieu de clémence"
"Au ciel, au ciel, j’irai le voir…"
Lorsque l’enfant de chœur en rouge et blanc quêtait dans les rangs, c’était toujours des mines, des chuchotements, des fous-rires, des "pouffades" de tous les garçons, comme des filles du village, engoncés, enrubannés avec de bonnes figures roses et rondes.
Arrivait ensuite le moment terrible de la seconde quête qui était faite par quelqu’un de l’assistance, une fille en général. Lorsque je voyais arriver l’enfant de chœur pour choisir sa victime, je faisais semblant de lire dans mon livre de messe. Mais plus tard, j’ai quêté quelquefois et je me sentais bien fière, on me regardait, j’étais une petite Tribout de Chazelles.
A la sortie de la messe, sur le la place de l’église bordée de gros marronniers d’où avait vue sur toute la vallée vers Metz, nous retrouvions des amis, qui comme nous, passaient les vacances dans la région et récoltions parfois sans enthousiasme quelques invitations à goûter.
Il faisait toujours beau à ces sorties de messe !
Nous étions "sauvages". Nous n’avions besoin de personne. Nous étions bien ensemble, nous nous suffisions. Aussi, lorsque l’on nous annonçait que les Untel venaient goûter, nous étions furieux. Il fallait s’habiller un peu ; et puis qu’allions nous faire avec ces "petits-amis" que nous trouvions "gnangnan" ?
Vers trois heures ils arrivaient ; on les guettait en se penchant par-dessus le grand mur. On les voyait monter par la petite côte, plus raide que la grande mais moins longue ; lorsqu’ils étaient à la grille, on détalait comme des lapins pour se cacher dans le potager qui, nous le pensions, était réservé aux gens de la maison. On se cachait dans les broussailles et les aucubas, et ainsi nous les observions.
Je ressentais quelque chose d’exaltant : ils nous ennuyaient, mais grâce à eux, nous nous amusions bien pendant ce moment.
Alors, on nous appelait, et l’un après l’autre nous arrivions. On disait bonjour puis l’après-midi se passait tant bien que mal à se regarder et à ne rien faire.
Très souvent les enfants des invités restaient près des grandes personnes qui prenaient le thé dans le jardin.
Je crois qu’on leur faisait un peu peur. Nos parents étaient peut-être mécontents de notre sauvagerie, mais je me souviens d’aucune remontrance de leur part ; ils devaient nous comprendre.
Dans ces cas là, Ben disparaissait complètement on ne le voyait plus de la journée. Il allait s’installer dans un coin, aux cabinets peut-être, avec le "Dernier des mohicans" ou un Jules Vernes.
Il menait sa propre vie, et quand il participait avec nous les "moyens", à une ballade ou autre chose, j’avais l’impression d’être presque une "grande".
Il y avait à Sey une famille avec des enfants de nos âges
qui y venait passer les vacances. Les ainés me semblaient plus "olé olé" que ceux de chez nous, et pourtant
Pellot et Roger étaient toujours à la mode de Paris (épaules carrées, pantalons larges, cheveux gominés, béret sur l’oreille).
Dans cette famille, les filles étaient souvent pieds nus dans leurs escarpins, ce qui choquait beaucoup grand-mère ; aussi Badite, ses sœurs et les garçons étaient obligés de les "escamoter" en quelque sorte quand ils venaient nous voir. Ils avaient une voiture de sport décapotable qui faisait mon admiration, mais Pellot en avait une également.
Pelot
Une autre famille avait sa maison près de la nôtre. Nous allions quelquefois chez eux pour jouer au croquet ou au tennis. Il me semblait que la "fille Schnitzler" béait d’admiration devant Fafa.
Dans un tout autre genre, les visites de la cousine Léonie, cousine de grand-mère nous faisait toujours sourire. Un continuel "hum… hum… hum… " sortait de son énorme poitrine très remontée, ce qui faisait dire aux facétieux Mico : "Léonie pourrait sans risque posait sa tasse de camomille dessus" ! Paul parlait, lui, de "seins d’acier" et cela me rappelle que tante Péchette quant à elle, mettait sa serviette de table de la façon suivante : elle la coinçait sous ses aisselles, si bien que sa poitrine assez forte était parfaitement protégée et maintenait même sa serviette.
Je me souviens aussi de ces deux femmes très âgées,qui vivaient depuis toujours chez grand-mère,
les Jacques, Françoise et Marie, toujours silencieuses.Elles étaient "gardiennes", installées depuis
longtemps dans la petite maison attenante à la grande.
Elles portaient des hâlettes, coiffes lorraines, et le nez de la Marie-Jacques était tellement long que
même de profil on en voyait encore un grand bout, malgré le large bord de la coiffe.
Voir sur ce site http://www.gflmetz.com/French/Coiffure.htm
Elle nous faisait très peur ; elle marchait cassée en deux, en accompagnant chacun de ses pas "ach… ach… ach…" ! Et puis, elle sentait très mauvais, ce qui nous faisait dire en d’autres circonstances : "ça sent la Marie-Jacques" !
Elle avait une affreuse façon de tuer les poules et les lapins, ce qui entrait dans ses fonctions. Assise dans le poulailler, elle coinçait la victime dans sa grande jupe, entre ses genoux, lui levait la tête vers le ciel, lui mettait un entonnoir dans la "bouche" et y versait de l’eau de vie. De la mirabelle peut-être, pour la saouler à mort. C’était effrayant.
Sa sœur Françoise était douce, on lui disait bonjour, mais si nous rencontrions la Marie-Jacques dans la Croue ou dans l’écurie, on n’en menait pas large, on baissait les yeux, et une fois celle-ci croisée, on se carapatait à toute vitesse. Mais elle faisait de très beaux bouquets de fleurs pour la fête de grand-mère, le 15 août avec de gros dahlias à tiges de toutes tailles, les plus petites mises devant.
Curieusement je me rappelle très peu ces 15 août qui étaient pourtant un jour de fête, où nous jouions, petits et grands, la comédie.
Il y eut aussi des événements importants ou épisodiques dont il faudrait parler mais je m’en souviens à peine si longtemps après.
Le mariage de Paul et Elmée.
Les loopings de Roger, qui s’entrainait au camp de Freskati, au dessus du jardin.
Le camping des parents et des grands dans les Vosges.
Les séances photos, avec le difficile rassemblement des enfants.
Et encore des bribes de phrases et ces mots que j’ai retenus et qui restent encore des mystères pour moi :
"La bande de Vaux"
"Badite a dit m---e à grand-père. "
"La "preuveuveuveuveuve" prononcé par Ben en écrasant son nez avec son doigt.
Aujourd’hui Chazelles et toutes ces "grandes personnes" parents, oncles, tantes ne sont plus là et plusieurs d’entre-nous également.
Le souvenir que j’ai d’eux tous reste associé à tant de moments de bonheur vécus ensemble, et c’est ce qui me lie encore profondément à tous ces cousins et cousines.
J’ai cherché à traduire en mots mes souvenirs, mais ce qui est indescriptible c’est cette ambiance de chaleur, de gentillesse, de liberté, de lumière, de gaité, de bonne entente qu’évoque pour moi et pour nous tous le simple mot de "Chazelles"
Françoise
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